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Chronique de voyage n°25 : Guerre froide dans les iles

Les marches de l’Empire et des iles comme Taiwan ont de tout temps été disputées. Yannick Vivarel relate ici l’épisode final de la guerre civile dans une ile désormais apaisée et paradisiaque.

Pollution

Résumé des semaines précédentes. On a froid dans les appartements shanghaiens. Depuis plus de soixante ans une directive du Comité Central sous la signature de Zhou Enlai interdit aux immeubles au sud du Yang tsé-Kiang d’être équipés d’un système central de chauffage. Ainsi Shanghai, ville frontière du chauffage en Chine, survit avec des appareils électriques d’appoint et des climatisations inversées ; un vrai contre-sens écologique.

Un dessin satirique paru dans la presse montre d’ailleurs un couple batifolant en tenu légère dans leur appartement pékinois alors que dans le même temps à Shanghai un autre couple claque des dents sous deux couettes au lit.

Bohai bay

L’hiver a été plus rigoureux cette année en Chine au point qu’une grande partie du golfe de Bohai a été pris par les glaces. Au même endroit débarquait pendant l’hiver 1900 l’officier de marine Pierre Loti. Il a décrit dans « Les derniers jours de Pékin » la capitale impériale au lendemain du sac des légations étrangères par les boxers. Il nous a délivré aussi de précieuses indications sur les conditions hivernales de l’époque guère différentes.

Ajoutons pour faire bonne mesure une pollution record sous la forme d’un brouillard toxique dans les grandes métropoles chinoises Devant le temple de Jing’an (près du Hilton Shanghai), des expats ont distribués des masques gratuitement à la population. Les autorités ont dû rire jaune.

Expats with masks

 

Le moment est donc venu de…changer d’air.

 

Xiamen Airlines, compagnie aérienne régionale ayant récemment intégrée l’alliance Skyteam d’Air France-KLM, me permet de rejoindre la côte ensoleillée et tiède du Fujian et ma destination finale l’ile de Xiamen (anciennement dénommée Amoy).

Le chauffeur qui me mène à mon hôtel suit une autoroute suspendue au-dessus de l’océan ; très similaire à la highway qui relie Key Largo à Key West en Floride.

Amoy-Quemoy

En face l’ile chinoise de Xiamen (Amoy) et à gauche à 10 kilomètres l’ile de Jinmen (Quemoy) sorte de « réduit breton » taiwanais puisqu’en jetant à la mer les dernières forces nationalistes de Chiang Kai-Shek en 1949, les communistes n’ont jamais pu prendre pied sur cette ile qui est restée taiwanaise.

De fait, le développement de Xiamen en site touristique est assez récent puisque l’aviation de Chiang bombardait encore Amoy jusqu’à la fin des années 1970 et qu’une joute d’artillerie avait lieu à heure fixe pendant des mois entre Quemoy et Amoy ; le Généralissimo ayant décidé qu’ Amoy serait ramenée à « l’âge de pierre » et Mao que Quemoy serait « lavée avec du sang »!

PLA memorial

Ma première visite le lendemain est d’ailleurs le cimetière des Martyrs de la Révolution. Il se trouve à flanc de montagne et met en scène avec des statues de soldats en action un épisode glorieux des combats locaux de 1949 de l’Armée de Libération du Peuple (PLA). Un obélisque rend hommage à certains de ses martyrs. Il y a en Chine des lieux comme celui-ci dont les plus connus se trouvent à Nanjing et à Guangzhou.

Walk

Derrière ce mémorial se trouve une voie ferrée désaffectée protégée du soleil par une belle végétation tropicale et qui a été transformée en promenade en teck de part et d’autre des rails. De nombreux séniors y font leur jogging ou leur gymnastique avec des gestes ancestraux rythmés par le son nasillard de musiques traditionnelles. Ce chemin traverse la montagne par un tunnel restauré où sur les voutes sont projetées des images en noir et blanc de Xiamen eu XIXème et XXème siècle. Enfin la voie ferrée chemine en pente douce à travers un vieux quartier pour finir sur le front de mer. Un exemple incroyable d’aménagement urbain sur plus de trois kilomètres qui ne figure d’ailleurs pas dans les guides touristiques.

En maraudant dans de multiples ruelles parfumées, je tombe sur un cortège funéraire à l’ancienne : sans le défunt. Devant, des pleureuses enturbannées de blanc, ravagées par le chagrin alternant bruyamment plaintes et sanglots et derrière les hommes avec des couronnes de fleur qui discutent le bout de gras.

Le film du réalisateur chinois Liu Bingjan « les larmes de Madame Wang » (2008) raconte l’histoire de cette femme qui, lorsque son mari est emprisonné à Beijing, retourne dans sa ville natale et devient pleureuse professionnelle lors de cérémonies funéraires. Ce métier, que Mao aurait interdit, a de nouveau pignon sur rue.

Je profite enfin des centaines de vendeurs à la sauvette dans le port pour étancher une petite faim ; mais attention il faut avoir l’estomac accroché la première fois. On y déguste debout ou assis par terre de multiples coquillages, poissons ou poulpes grillés en brochette et on boit des soupes incertaines ; tout le monde gueule et on se fait bousculer. Les brochettes ruissellent et vous êtes donc assurés d’une visite chez le teinturier le plus proche.

Revenu à mon gite officiel (propriété du Gouvernement Municipal qui s’honore d’héberger d’après le brochure de l’hôtel des membres du Gouvernement Central), je tombe sur une « réunion de concertation » réunissant tout ce que la ville compte de notabilités civiles et militaires. Ce type de réunion au niveau d’un district, de la Municipalité ou de la Province intervient toujours avant un grand raout bureaucratique à Beijing ; en Mars avec la nouvelle équipe qui prendra formellement le pouvoir.

Hong qi

Le parking devant l’hôtel constitue un vrai salon de l’auto avec ses nouveaux modèles haut de gamme de marque allemande. La nomenklatura ne roule plus en limousine de marque « Drapeau Rouge » (la célèbre « Hong qi » des années50) !

Un ami montpelliérain, auto-entrepreneur expatrié depuis 10 ans dans le Fujian, m’indique à ce propos que l’on voit désormais dans les rues de villes chinoises de 2ème ou 3ème catégories des Maserati, Bentley, mais aussi de nombreuses Rolls-Royce Phantom, et même parfois un Spiker C8 Aileron (8 millions de Yuans soit à la louche 950.000€) !

Amoy (Xiamen) est l’une des premières villes chinoises côtières avec Hong Kong concernées par le Traité de Nankin (dit Traité inégal) qui met fin à la première guerre de l’opium.

Gulang settlement

La petite ile chinoise de Gulang face à Amoy (10 minutes en ferry) devient donc en 1902 une concession internationale ; ce qui explique que de nombreuses maisons coloniales comme l’ancien consulat allemand (transformées depuis lors en hôtels, bars tendances ou maisons de thé) s’y trouvent.

L’occupation japonaise en 1938 puis la guerre civile ayant fait fuir tous les « Lâowai » (étrangers), je la visite aujourd’hui comme un « Wàiguo Péngyou » (ami étranger) !

Mais je suis un peu déçu par ce site mis en exergue dans les guides ; trop de monde rendant parfois difficile le cheminement d’une crique à l’autre. Cette ile d’un kilomètre de long avec un pic rocheux ressemble parfois à Disneyland.

Nationalists in Quemoy

Je décide aussi de me rendre dans l’ile de Quemoy (1heure de ferry) et ce qui me frappe tout de suite c’est la multitude de drapeaux taiwanais flottant au vent.

Le drapeau nationaliste symbole du Kuomintang que Taiwan a adopté n’est pas en soit tabou en Chine puisqu’il est présent dans toutes ces séries télévisées sur la guerre mettant en scène de méchants soldats japonais, des collabos, des nationalistes et des communistes (évoquées dans de précédentes chroniques). Il est aussi présent à Nanjing (Nankin) dans le Mausolée du Dr Sun Yat-sen considéré comme le père de la Chine moderne.

Cette terre de 10km sur 13Km rocheuse et pittoresque est le lieu d’un des derniers face à face entre nationalistes et communistes.

Le 25 Octobre 1949, 17000 soldats communistes au moyen de petites embarcations et de jonques ont tenté de débarquer. Après 56 heures d’une bataille féroce, ce qu’il restait de cette force est à son tour jetée à la mer ; laissant 8000 morts et 6000 prisonniers. Le quotidien nationaliste « The China Post » rapporte la mort d’un conseiller militaire américain dans l’affrontement.

Mao voyait ce jour-là s’évanouir tout espoir de récupérer Quemoy et Chiang ne profiterait pas de cette victoire car les Etats Unis décident de s’interposer en envoyant dans le détroit de Formose la VIIème flotte ; le Pentagone envisageant même de « vitrifier » Amoy !

La confrontation Amoy-Quemoy débouchait sur un incident diplomatique international.

Hakka Tu lu

Puis une affaire d’espionnage relançait une dernière fois la guerre froide entre les deux iles. La CIA américaine semblait avoir découvert des silos à missiles pointés sur Quemoy. Ronald Reagan, alors Président, donna de la voix. Il s’agissait en fait d’un ensemble d’habitations concentriques en forteresse (« Tu lou ») habitées par des Hakka (« familles invitées » d’ethnie Han). Dans ces forteresses, il n’y a qu’une seule entrée, peu de fenêtres ; chaque étage ayant une fonction précise : poulailler, réserve de grains et près de 400 pièces d’habitation. Initialement la forteresse servait à se protéger des bandits et autres maraudeurs.

Quemoy allait être démilitarisée dans les années 1990 et dotée d’une administration civile permettant à Amoy de commencer son développement. Les échanges entre les deux iles se sont normalisés et il est possible depuis 2001 pour les deux communautés de se rendre visite.

La Municipalité de Xiamen a toutefois placé au point le plus proche de Quemoy une inscription avec des caractères de plus de cinq mètres : en substance « Unifier la Chine dans l’esprit des trois principes de Sun Yat-sen» ; remplaçant l’usage de haut-parleurs embarqués sur des embarcations de fortune croisant au large de Quemoy et diffusant des slogans révolutionnaires hurlés par des gardes rouges !

Le Gouvernement du comté de Jinmen (Quemoy) a fait de même sur son front de mer : échange de mots doux…

Amoy est devenue Xiamen et Quemoy est désormais connue sous le nom de Jinmen abandonnant des dénominations datant des Traités inégaux. Ce chapelet d’iles rocheuses et montagneuses et avec de belles plages constitue un site qui n’est pas sans rappeler celui de Hong Kong. Ce qui prouve à nouveau l’expertise impériale anglaise à trouver les bons coins….

Xiamen skyline

Xiamen a développé une riviera sur 15 kilomètres de plages de sable avec plantations à l’infini de palmiers et gazon taillé à l’anglaise. En retrait, des hôtels de luxe dont un investissement hongkongais à l’architecture hispano-américaine. Sur la corniche, de nombreux restaurants de plage ou des clubs en marina avec de belles unités comme celui où l’on m’a invité pour un menu de produits de la mer.

La vieille ville et le centre autour des montagnes sont entrecoupés de parcs et de nombreux tunnels permettent de fluidifier le trafic. Peu de vélos et de motos (sauf électriques).

Les monts Tianzhu qui dominent la ville constituent une réserve nationale avec des sentiers à pic le long de roches gigantesques et de temples bouddhistes. Ils sont interdits à la circulation.

Xiamen est une ville extrêmement propre avec une réelle qualité environnementale et un climat favorisé (moyenne 21° dans l’année).

Un handicap : l’aéroport « Xiamen Gaoqi » saturé qui est une réplique du CKS de Taipeh. Il a traité 12 millions de passagers en 2012. Un second terminal ouvrira en 2014. Mais l’absence de golfs (un seul neuf trous) et de casino limitera sans doute dans l’immédiat l’accès à la clientèle japonaise et coréenne.

Pendant mon séjour je n’ai croisé que très peu d’étrangers (d’ailleurs les locaux ne parlent pas un anglais acceptable). Je pense cependant que les expats branchés de Hong Kong ou de Shanghai se montreront comme ils l’ont fait à Sanya (ile d’Hainan, le Hawaï chinois) dans les années 2000. Les professionnels du tourisme ne s’y sont pas trompés : les chaines hôtelières internationales y développent des projets ambitieux.

Amoy sauce

Je ne connaissais pas particulièrement le nom Amoy jusqu’à ce que je sois impliqué en 1986 dans une opération de M&A à Hong Kong (la seule de ma carrière dans la Région administrative spéciale alors colonie britannique). Il s’agissait d’acquérir du Groupe « Hang Lung » la société de sauce soja et dim sum à marque « Amoy » bien connue des hongkongais et créée à l’origine en 1908 à Xiamen. Cela me permettait de rencontrer une personnalité : Ronnie Chan le Chairman de Hang Lung. Et de le croiser à nouveau dans les enceintes du Pacific Economic Cooperation Council (PECC).

Amoy by A. Borget

Je dois aussi citer le peintre français Auguste Borget qui fut le premier à immortaliser Amoy en 1838 pendant la fête des lanternes lors de son périple autour du monde.

C’est Auguste Borget qui illustrera plus tard le récit imaginaire d’Honoré de Balzac « La Chine et les chinois » par de multiples lithographies de Canton, de la baie de Hong Kong et de Macao dont certaines figurent aux cimaises du musée de Hong Kong.

Son travail est d’ailleurs mentionné dans l’ouvrage collectif dirigé par François Drémeaux: Hong Kong-Présences Françaises »; cet ouvrage ayant fait l’objet d’un petit déjeuner avec son auteur organisé récemment par l’Association France Hong Kong.