HKTDC    Cathay Pacific Airways    French Chamber of Commerce and Industry in Hong Kong    Discover Hong Kong    HKETO Brussels    Invest Hong Kong    BUSINESS FRANCE    BNP Paribas    Bruno BÉDARIDE NOTAIRE    GIL Syndicat du Luminaire     ISEP Institut Supérieur d'Électronique de Paris    RINCK    Vinci Construction Grands Projets    AB INITIO    ADVENTION BUSINESS PARTNERS    Artélie Conseil    ASIAINSPECTION HUB2ASIA    Bryan Cave    CABINET HUGON    CREDIA    DYArchitectes    Edeline Design    ESI-France    EUROMIP    Grospiron International    Harris Corporate Solutions    ICA International Cargo Affrètement    IDEAL Environnement    iDealwine.com    IN UP    IRG Fang France    Jin Diane Real Estate    MacAuto    PANAMASIA Financial Services    RSA Crowe Horwath    SURYS    Thomas, Mayer & Associés    TRADE EVENTS SOLUTIONS    YBL Consulting

Chronique de voyage n°26: A view to a "Fragrant Harbour"

Dans la dernière Chronique de cette série, Yannick Vivarel revient dans son “back office” historique: Hong Kong”

Hang Pu river

J’ai pris l’un des bacs (sorte de « Star Ferry » mal entretenu) qui permettent de passer d’une rive à l’autre du fleuve Huang Pu séparant Shanghai du district de Pudong. Plus personne ne les empruntent avec les ponts, les tunnels ou les lignes de métros construits ces dix dernières années.

En fait, je me retrouve entouré d’une bonne centaine de vélos et engins pétaradants de toute sorte qui, eux, ne peuvent rouler ni sur les ponts ni sous les tunnels ni emprunter le métro.

Pour traverser le fleuve, le bac se faufile entre des cargos montants ou descendants et de multiples barges gorgées de charbon au son de cornes de brume ; ce qui donne à cette courte traversée un caractère exotique. Mais c’était avant que l’on repêche plus de 16000 cadavres de porcs morts entrainant une crise écologique et sanitaire sans précédent . Ce qui fait dire aux shanghaiens dans les blogs: « quand l’on ouvre le robinet d’eau on a du potage au porc tout prêt »!

Financial district

Le bac me permet ainsi d’arriver dans le quartier financier à Pudong et d’aller faire joujou dans le nouvel « Apple store » au pied de la tour IFC face à l’hôtel Shangri-la.

Shangri la

Des centaines d’ordi, tablettes et smartphones sont « on display » tous connectés. Il y a bien sûr un monde fou mais cet engouement pour ce nouveau lieu à la mode ne doit pas cacher que le modèle « iphone 5 » ne se vend pas selon les prévisions en Chine. Et pour faire bonne mesure, la société Apple accusée « d’arrogance « et de pratiques commerciales discriminatoire à l’égard des chinois a dû présenter des excuses… en mandarin.

L’endroit est attenant à une galerie marchande pour HR ou HC c’est selon (haut revenu ou haute contribution). Le « IFC Mall » apporte ainsi sa contribution au coefficient de Gini!

Avant mon départ pour Hong Kong, je prends un petit déjeuner avec un membre du « Shanghai People’s Congress » (sorte de Parlement auprès du Gouvernement Municipal).

Avec une croissance économique de 7,5% comparable à celle de la Chine, Shanghai veut assurer un mieux vivre pour ses habitants (création de nouveaux parcs et forêts, lutte contre la pollution par la restructuration d’équipements et projets trop polluants ou énergivores). C’est sans compter sur ces paysans qui, à 60 kilomètres en amont de la mégapole, utilisent le fleuve Hang Pu comme un vide ordure!

Un nouveau maire, Yang Xiong, vient d’être élu à Shanghai ; ce qui oblige à refaire son carnet d’adresse avec un nouveau personnel politique. Mais la « clique de Shanghai » qui a donné tant de dirigeants à la Chine n’est plus ce qu’elle était. Son chef de file, Jiang Zemin, s’est fait récemment rétrograder dans le protocole chinois. A sa demande a-t-on lu dans la presse.

HK at dark

Arrivé à Hong Kong, je réside au Conrad : 145 séjours désormais au compteur de l’hôtel. La grande nouveauté est cet iPad qui m’est remis pour mon séjour. La tablette est configurée avec un lien avec le concierge. On peut donc réserver une table dans un restaurant ou demander un oreiller supplémentaire ou programmer les « amenities » de la chambre en domotique. L’e-checking hôtelier avec option « self housekeeping »!

J’aurais pu aussi accéder à « l’Appli Peak Pocket »: version téléchargeable du guide de poche « Hong Kong Peak Pocket » pour les expatriés ou visiteurs de Hong Kong.

En ville, le landerneau politique et économique bruisse de rumeurs dont une a attiré mon attention.

Robert Kuok

On dit que Robert Kuok passerait la main. Je l’avais rencontré dans sa suite executive au 32ème étage d’une tour à Pacific Place pour évoquer un projet mort-né d’hôtel spa à Qingdao dans la province chinoise du Shandong.
L’homme qui a 89 ans et qui pèse selon le « Bloomberg Billionnaires Index » 19,2 milliards usd avait introduit en 1971 à Singapour un hôtel sous la marque « Shangri-la ». Deux mariages et huit enfants plus tard s’ouvre un jeu familial de « corporate governance ». C’est d’ailleurs son second fils qui dirige Shangri-la Asia et un neveu, pour lequel le patriarche semble avoir beaucoup d’estime, qui préside Wilmar international; une de ses filles étant en charge du groupe de presse South China Morning Post.

On se souvient aussi que Kuok avait joué un rôle politique lors des négociations de rétrocession.

Pékin semble d’ailleurs confirmer cette tendance à faire appel à la société civile de Hong Kong puisque des banquiers, des entrepreneurs, des universitaires, des hauts fonctionnaires et même un archevêque anglican figurent dans la nouvelle délégation du territoire au CPPCC (Chinese’s People Political Consultative Conference).

En allant faire ma revue de presse au kiosque à journaux je tombe sur l’édition hongkongaise du Tatler.

Tatler est un magazine de papier glacé snob qui, associé à des sponsors souvent dans le luxe, fait des reportages en publi-promotion lors de soirées dites glamours ou le champagne fait office de tisane. Le challenge dans ce genre de pince fesse sur invitation étant de se faire photographier avec une sublime créature asiatique, de préférence de bonne lignée et, cerise sur le gâteau de la vanité, d’avoir le cliché publié dans Tatler avec une légende avantageuse.

Un autre sport nocturne à Hong Kong se pratique au moment de « happy hour ». On m’a parlé d’un endroit à la mode près du Marriot au 49ème avec une « stunning view on Victoria Harbour » selon la brochure ! Il s’agit du « Café Gray Deluxe » bar et restaurant tendance dont le chef Gray Kunz venu du « Pen »(Peninsula) et du St Régis à New York officie au sommet de son art et de sa tour.

Gangnam style

Défilé permanent au bar de jolies chinoises parfois flanquées d’ersatz de « bad boys» recyclés en  « Gangman style ». Je sirote un cocktail maison et profite du spectacle. Ici on vient pour mater et brancher! C’est inclus dans l’addition « deluxe».

Retour à l’hôtel…

 

Sur la chaine de télévision de Tai-po, « Phoenix InfoNews »: un reportage sur la réconciliation franco-allemande (Traité de l’Elysée). Une manière de faire un parallèle avec une relation sino-japonaise en dent de scie; ce que ne manque pas de faire d’ailleurs le journaliste.

Phoenix television

Après les iles disputées, la péninsule déchirée avec des extraits en différé des journaux télévisés de Pyongyang. Ambiance et choix des mots guerre froide.

Enfin il est question du H7N9: le nouveau nom de code de la grippe aviaire. Plus d’omerta sélective de la part des autorités, les blogs chinois veillent. Ils font circuler l’information et la commentent.

H7N9 a aussi provoqué une mini crise diplomatique. Le Vietnam impose un contrôle sur la volaille chinoise importée illégalement à travers les 1350 kilomètres de frontière commune avec son grand voisin. Mission sans doute impossible (CV21: « La politique de la canonnière revisitée »).

Le bouquet de six chaines hongkongaises Phoenix Television est parfaitement accessible en Chine continentale par satellite ou câble ; l’actionnariat de Phoenix (des intérêts chinois dont Today’s Asia mais aussi Rupert Murdoch via Fox) étant acceptable par Pékin alors qu’une certaine liberté de traitement de l’information est en vigueur.

Central

Entre deux rendez-vous, je file visiter la nouvelle boutique de Shanghai Tang installée dans la partie haute de Ice House Street dans Central. Même les enseignes historiques de Hong Kong peuvent être obligées de déménager à cause d’un bailleur trop gourmand !

Yung Kee

Diner chez Yung Kee renommé pour son oie sauvage rôtie. Kham Sui Fai, fondateur de cette institution, a migré à Hong Kong en 1942 pendant l’occupation japonaise. Avec ses économies (à l’époque 4000HKD soit environ 350€) il acquiert le fonds de commerce qui allait devenir le restaurant chinois le plus connu dans la région et au-delà. Ses clients y viennent pour acheter sa spécialité culinaire et l’emporter par bateau ou par air. C’est pour quoi on surnomme son oie sauvage rôtie « flying roast goose » ; lui-même étant affectueusement appelé « roast goose Fai » !

 

Lan Kwai Fong

Lan Kwai Fong où se trouve Yung Kee n’est plus le quartier « last frontier » qu’il était du temps où Andy Wharol y venait avec ses « amis » dans les années 80 lors de mémorables soirées.

On allait y diner en costume sombre vers 22h en sortant de réunion; au « 1997 » devenu par la suite « M at the fringe », le restaurant chic de Michèle Garnaut qui a ouvert depuis deux ans un établissement à Shanghai (CV13: « Les cinquante- cinq jours de Shanghai »). On trainait ensuite au » California » jusqu’à l’heure des poubelles en se demandant ce que la rétrocession allait changer pour Hong Kong. Parfois on allait se refaire la façade dans le salon de beauté « Elysée  » de Frédérique Deleage qui, elle aussi, s’est exportée depuis lors en Chine continentale avec succès.

Simon Murray

C’est à cette époque que je me retrouve dans le bureau de Simon Murray à Hutchinson House. Alors homme de confiance de Li Ka-shing dont il dirige le conglomérat Hutchinson Whampoa, Simon Murray est aussi connu pour avoir été à la Légion Etrangère (légionnaire de 1ère classe). De cette époque il garde un tropisme pour la bière Kronenbourg et il me montre son stock de bouteilles à portée de main: deux caisses!

Un film sera d’ailleurs tiré de son autobiographie des années passées à la Légion: « Simon, an english Legionnaire » de Martin Huberty (2002).

Murray quitte Li en 1993 pour rejoindre la Deutsche Bank; le magnat chinois est en train de faire évoluer son empire et installe ses deux fils Victor et Richard aux postes de commandes.

Dans la foulée, Li ne renouvellera d’ailleurs pas le bail du mythique Hilton pour récupérer le terrain et celui attenant des « China watchers » de la CIA afin d’y bâtir le  » Cheung Kong Center » dans lequel il logera son nouveau groupe « Cheung Kong Holdings » (CV15: « Many happy returns in HK »).

Li, qui jouait souvent le matin au golf en compagnie du nabab du cinéma Raymond Chow, a cette boutade: « … le temps passé au golf m’appartient ». C’est le francophile Fred Wang (Chairman de Salon Film HK) qui me rapporte l’anecdote lors du dernier Partenariat France Hong Kong de 2012.

Li entretient aussi des liens historiques avec la Chine continentale. A l’initiative de Deng Xiaoping qui décline alors son ouverture économique, il devient administrateur du très politique China International Trust and Investment Corporation (CITIC); l’outil initial d’investissements du Gouvernement central chinois fondé par Ron Yiren (surnommé « le capitaliste rouge »).

Lors d’une mission en Chine continentale dans la suite de Michel David-Weill, je rencontre Wang Jun (le futur DG puis Président de CITIC, fils du révolutionnaire Wang Zhen) et les premiers cadres du CITIC; pour certains des financiers de haut vol venus de Wall Street, fils de nationalistes ayant décidé de rejoindre la mère patrie munis de leur « carnets d’adresses »…

C’est le début d’un tsunami d’investissements occidentaux vers les entreprises de la Chine nouvelle.

Peregrine falcon

Dans cette épopée, il y a une « boutique » d’investissements qui va devenir célèbre en Asie par ses succès continentaux puis dans les faits divers financiers à Hong Kong: Pérégrine.

Le faucon pérégine est connu à Hong Kong. C’est un rapace urbain. On en voit encore volant entre les tours de Central. Il nichait dans l’ile de Stonecutter avant que celle-ci ne devienne un immense port à containers traversé par une autoroute suspendue. Depuis lors, il se réfugie dans les Nouveaux Territoires moins pollués.

 

Francis Leung

Peregrine est le nom choisi par deux ex de Citibank en 1988, Philip Tose (un playboy arrogant, ancien pilote de course) et Francis Leung (un chinois austère mais connecté que j’ai bien connu).

 

Avec le sponsoring de l’élite industrielle de Hong Kong et en s’entourant de « fils et de filles de », ces deux personnalités vont faire de « Peregrine Investment company » le nec plus ultra dans une région en plein développement.

Au temps de leur splendeur, « ils auraient pu vendre de la neige à des eskimos »(Anthony Spaeth: « The hunt is over »).

Mais Pérégine va sombrer au moment de la crise financière asiatique de 1997 à cause notamment d’un engagement imprudent en Indonésie dans une société de taxi détenue par la fille ainée du Président Suharto. Le jour où la liquidation de Pérégrine sera demandée l’index Hang Seng perdra 8,6% provoquant une mini crise politique à laquelle Donald Tsang (alors Financial Secretary) sera confronté.

« The father of red chips » (surnom donné à Leung), survivra au naufrage et avec quelques rescapés du « Desk China » rejoindra pour un temps Bnpparibas.

Le New York Times titrera: « Hong Kong Peregrine soared like a falcon, sank like a reckless bank » (NYT 13 Jan.1998). Fermez le ban!

Old Kai-tak airport

Ce soir, « la 185 » me ramène en France après une longue absence. En me rendant à l’aéroport je ne peux m’empêcher de me remémorer ma prermière arrivée à Hong Kong il y a preque quarante ans. Je venais de New York sur Northwest à bord d’un 747 en version SP pour lui permettre de traverser le Pacifique sans escale. L’appareil avec un pilote spécialement certifié effectuait deux derniers virages en frôlant les toits de Kowloon, se mettait en crabe face au vent puis se plaquait violemment sur la piste de l’ancien aéroport de Kai-tak; aujourd’hui un terminal pour paquebots de croisières !

Alors scotché au hublot, j’apercevais dans la nuit tombante et pour la première fois le « port parfumé ».

                                                                         A view to a « fragrant harbor” !