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Chronique de voyage n°24 : Une mise en scène pour tourner la page

De Shanghai, Yannick Vivarel nous envoie ses impressions sur le climat ambiant dans l’Empire du milieu alors que les nouveaux Empereurs prennent leurs marques  

L’agence de presse Xinhua nous avait mi-Novembre remis les bios des nouveaux dirigeants chinois ; sorte de « curriculum vitae » technique et ennuyeux délivré à chaque renouvellement des équipes dirigeantes.

Depuis lors, nous assistons tant dans les médias que sur internet à une escalade dans la connaissance intime de la nouvelle équipe (de nombreuses anecdotes et photos de jeunesse, de famille et de carrière distillées au trébuchet). Cela nous change du manque de transparence propre à l’élite des « Murs rouges » (Zhongnanhai : siège du Gouvernement) tellement bien analysé dans le dernier ouvrage de Jean-Luc Domenach : « Mao, sa cour et ses complots ».

Au-delà d’une certaine propagande, il semble que les dirigeants nouvellement désignés veuillent changer le style de gouvernance auquel nous étions habitués.

Pour le très politiquement correct « Global Times » : cela marquerait le point de départ d’une transition politique de la bureaucratie vers le public. Cette interaction entre « ceux qui dirigent et les masses » jouerait un rôle vital dans l’amélioration de l’image du gouvernement et conforterait la confiance sociale.

Quelques morceaux choisis :

Xi Jinping

– Dans « China Daily », et sous le titre « Xi Jinping : l’homme du peuple », suit un article où l’on explique que l’homme a développé une profonde connaissance des besoins du public et souhaite y apporter des améliorations dans le futur. La hagiographie est illustrée par des photos de Xi étudiant à Beijing, chef du Parti du comté de Zhengding (Province du Hebei), maire adjoint de Xiamen et avec sa fille en bicyclette à Fuzhou (Province du Fujian), puis avec sa femme Peng Liyuan (soprano renommée et chanteuse d’opéra mais aussi « Major General » de l’armée).

Li Keqiang

– Dans le même quotidien deux jours plus tard, un article sur le Vice Premier Li Keqiang duquel il ressort sa volonté d’améliorer la vie des personnes ordinaires en Chine (illustré par des photos de Li avec des villageois du Xinxiang et du Shandong mais aussi avec des mineurs du Shanxi).

– Le lendemain pour respecter la hiérarchie, un article sur Zhang Dejiang (dont on démontre le sens des responsabilités et le talent pour traiter les situations de crise), sur Yu Zhengsheng (un homme d’action), sur Wang Qishan sous le titre de « rise of a troubleshooter » parce qu’il a eu à gérer inflation et croissance économique et enfin sur le moins connu de la bande, Zhang Gaoli : un « poor boy » devenu « political figure ».

– Sur Xi, « Shanghai Daily » et « Global Times » apportent l’éclairage historique d’un homme du peuple qui s’est forgé par des difficultés lors de son enfance en milieu rural. On y évoque le rôle du défunt père (communiste révolutionnaire, ancien Vice Premier puis persécuté pendant 16 ans à partir de 1962 alors que son fils Xi n’avait que 9 ans). Il est aussi question des liens étroits qui l’unissent à sa mère (90ans) ; cadre vétéran du Parti. Malgré un agenda chargé, on apprend que Xi trouve toujours le temps de dîner avec elle après une promenade main dans la main dans un parc de Beijing.

Le South China Morning Post (généralement bien informé) révèle l’existence d’un microblog dédié à Xi Jinping qui est suivi par plus de 52.000 participants et qui serait abondé par une personne proche du premier cercle si ce n’est par l’empereur lui-même !

Le compte « Sina Weibo » (http://weibo.com) dénommé « Fans Group to learn from Xi » montre en effet un niveau exceptionnel d’accès à des informations sensibles sur la vie quotidienne de Xi. Ce site n’a pas été fermé par les censeurs alors que bien d’autres n’ont pas eu la même chance.

Plusieurs photographies rares du leader ont été mises en lignes et le ton des commentaires reflète la nouvelle ligne politique du moment sur les problèmes sociaux intérieurs.

Diaoyu islands

De cette débauche d’informations parfois « people » mises en scène comme pour tourner une page précédente sans d’ailleurs y faire référence en bien ou en mal, on ne trouvera aucun indice sur ce que sera la diplomatie étrangère du pays en 2013 ; mis à part les gesticulations pour le moment calculées dans l’affaire des îles Diaoyu/Senkaku et un renforcement de l’axe « Eurasia » avec Moscou.

Lors du récent gala de l’Association diplomatique de Beijing, l’« acting Minister » Yang Jieshi a déclaré, sans vraiment éclairer notre lanterne : « under the new circonstances, boosting public diplomacy and cultural exchanges will foster mutual understanding between China and the world ». Du déjà lu sur le fronton du hall du Beijing Hotel !

Light show on the Bund

Nous aussi avons tourné la page 2012, grâce à une mise en scène au laser et pyrotechnique sur le Bund de Shanghai le soir du 31 Décembre. Sur les deux rives du Huangpu, les immeubles historiques et les tours futuristes de Lujiazui (quartier financier) ont servi d’écran à une fresque sur l’histoire de la métropole. Puis un feu d’artifice gigantesque a jailli de centaines d’embarcations dans une clameur joyeuse : « Happy New Year » …

Pour l’occasion, les grands magasins du centre de Shanghai sont restés ouverts jusqu’à l’heure du laitier pour permettre à des milliers de shanghaiens de faire leurs premières emplettes de l’année !

Happy New Year

Le lendemain CCTV, comme elle en a pris l’habitude, a retransmis en direct le concert du Nouvel An donné par le « Vienna Philarmonic Orchestra ».

J’étais invité le 2 janvier à un autre concert au « Grand Theater » de la Place du Peuple de Shanghai; salle splendide dont la construction avait été décidée par Jiang Zemin du temps où il était notable de cette ville.

Ce qu’il reste du grand orchestre à cordes de Mantovani (30 musiciens tout de même) donnait une unique représentation au tout Shanghai. Au programme de la musique d’ascenseur : des évocations de films des années 50 et 60, sans oublier l’inusable « besame mucho » et en passant par de vieux standards entendus jadis sur vinyle Decca dans ma période pré-pubère!

Le public applaudit sans passion chaque œuvre. Le chef fait saluer son orchestre et donne une dernière poignée de main à son premier violon. C’est bouclé à 21h.

Sautons du coq à l’âne ou au serpent devrais-je dire.

A new generation of train

Fin Décembre a vu l’ouverture de la ligne de train à grande vitesse reliant Beijing à Guangzhou (2298 kilomètres). Cet évènement a été mondialement médiatisé. Différents tronçons étaient déjà en activité. Mais il faudra attendre 2015 pour relier Harbin (en Mandchourie) à Hong Kong via Beijing : soit du nord au sud de la Chine (3300 kilomètres).

Le projet hors norme de doter la Chine d’un réseau de train à grande vitesse débute en 2008 quand le State Council approuve les grandes lignes d’un réseau de 120.000 kilomètres à horizon 2020 ; reliant toutes les capitales provinciales et les villes de plus de 500.000 habitants. Le projet est décidé lorsque la crise mondiale affecte désormais l’Empire du milieu et notamment l’usine du monde (le Guangdong). Chaque jour apporte son nombre de chômeurs : 300.000 en moyenne, à l’échelle du pays. Des projections hallucinantes sur le chômage à venir circulent sous le manteau. Il faut réagir rapidement pour remettre au travail des millions de travailleurs migrants au moment où ceux-ci vont rentrer dans leur famille pour le Nouvel an chinois sans espoir de reprendre ensuite un travail.

Le coût de ce projet, pouvant paraître exorbitant à nous autres européens surendettés, tient compte du fait que tout est à réaliser « from scratch ».

Les voies sont construites sur des piliers de béton à 50 mètres de hauteur pour ne prendre qu’un minimum de terres cultivables et souvent en région montagneuse (200 tunnels sur le tronçon Beijing-Guangzhou). Des gares de nouvelles génération, un matériel ferroviaire et des caténaires adaptés à tous type de climat et donc de différences thermiques lors d’un même trajet sont réalisés.

New carriage

Il y a un débat en Chine relayé par internet sur les prix des billets. Actuellement les seuls tronçons de train à grande vitesse en opération relient des zones économiques à haut niveau de développement (Pearl River Delta, Shanghai-Hangzhou-Nanjing, Wuhan, Beijing). Lorsque seront intégrés des villes plus à l’ouest se posera avec plus d’acuité la tarification de ce moyen de locomotion. Le travailleur migrant pourra-t-il alors s’offrir ce luxe ?

A Nanjing (Nankin), la Municipalité a annoncé la fin de la rénovation du palais de Soong May-ling, l’épouse de Chiang Kai-shek ; le leader du Kuomintang. Sa sœur Soong Chin-lin était mariée à Sun Yat-sen puis elle devint un soutien de Mao Tsé-tung. Son autre sœur Soong Ai-ling fut mariée au ministre des finances de Chiang. La réouverture au public de ce palais ajoute à la capitale de la Province du Jiangsu un incomparable héritage culturel supplémentaire.

Je recommande d’ailleurs aux maniaques comme moi de l’histoire contemporaine chinoise la lecture de la biographie « The Soong sisters » de la journaliste américaine Emily Hahn. Elle vécut à Shanghai près du Bund jusqu’à l’invasion japonaise en 1941 puis à Hong Kong où elle fut proche de Sir Victor Sassoon. Cet auteur prolifique a contribué à faire connaître l’Asie.

En vrac.

Je suis allé au Mc Café de mon quartier pour éplucher la presse du jour. J’avale un double expresso avec en fond sonore la sublime Ella dans « Sophisticaded lady » et son solo de saxo alto. Mais je suis frappé dans les pages internationales par la place consacrée depuis deux semaines aux aventures fiscales de notre « Gégé » (Depardieu) désormais citoyen du grand frère russe ; sans compter les articles narquois sur feu les 75% ! Cela semble passionner le vulgum pecus ici.

Sur « China Business Cable », la référence télévisée pour l’actualité financière, on nous explique aussi qu’une récente étude menée par la National Family Planning Commission indique que la plupart des jeunes femmes chinoises préfèrent fréquenter voire épouser des hommes plus vieux de dix ans ; ceux-ci sont plus attractifs, riches et mieux à même de s’occuper d’elles (au sens taiwanais du terme). Toutefois, ce panel féminin est conscient que de telles relations puissent déplaire à leurs parents et qu’un homme plus vieux puisse avoir déjà une famille ou que l’ « objectif » (mari potentiel) soit trop « mature » pour être « géré » par la jeune femme…

Une autre Commission, la Commission centrale militaire du Parti vient de décider que les réceptions impliquant des officiers supérieurs se feraient sans décorum excessif mais surtout sans alcool !

En d’autres termes, pas de calicot de bienvenue, de tapis rouge, de décorations florales, de garde d’honneur, de spectacles et de « souvenirs », ainsi que de « discours creux » sauf préalablement approuvées (sic).

Le fait de résider dans un hôtel pour civils ou un hôtel pour militaires trop luxueux est désormais prohibé. Par ailleurs l’usage de véhicule de fonction équipé d’une sirène sera « strictement » réglementé. On s’assurera enfin que les épouses et la progéniture de ces messieurs ne s’embarquent pas dans des histoires de corruption.

“Strict discipline starts at the top “ (headline in Global Times).

“The anti-corruption storm has begun” (front page in People’s daily).

Il semble en effet, avec l’arrivée de la nouvelle équipe au pouvoir, que l’on s’attache par petites touches successives à nettoyer les écuries d’Augias de la corruption. Lors de son discours de prise de fonction Xi Jinping a donné le tempo en évoquant la chute d’un régime par le ressentiment de la population face à la corruption.

La dénonciation par internet est un autre outil efficace qui n’est plus inquiété actuellement. Les corbeaux plus ou moins instrumentés se sont multipliés.

L’ancien Premier shanghaien Zhu Rongji avait en son temps illustré le propos : « J’ai préparé 100 cercueils. 99 sont destinés à des officiels corrompus et le dernier est pour moi. »

Bref, la corruption : un vrai serpent … de mer !

Water snake