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Chronique de voyage n°22 : En attendant la fumée blanche sur Zhongnanhai

Voyage au sein de deux minorités en Chine et retour en arrière sur une période troublée dans le Pacifique proposés par Yannick Vivarel

Le vol domestique de China Eastern vient de se poser à Xi’an ; la capitale de la Province du Shaanxi.

Je profite de la « Golden Week » (destinée à célébrer l’anniversaire de la fondation de la République Populaire de Chine le 1er Octobre 1949) comme pour beaucoup de chinois à « voyager et dépenser » selon le motto du moment. Une des réponses à l’aphorisme de Deng Xiaoping : « enrichissez-vous » !

Rue à Xian

Je n’étais pas revenu à Xi’an depuis 1984.

Le changement, c’est maintenant et à l’identique pour toutes les concentrations chinoises de plus de huit millions d’habitants : deux terminaux flambant neufs à l’aéroport, un réseau autoroutier encombrées de camions et de véhicules de toutes sortes et des villes nouvelles à perte de vue avec leur lot de grues virevoltantes.

Ce qui est en revanche immuable, c’est ce mur d’enceinte fortifiée très visible par photo satellite qui enserre la vieille ville ; un peu comme à Nanjing.

Le taxi qui me mène à l’hôtel emprunte l’une des portes majestueuses ciselées dans les remparts dans ce qui fut jadis la capitale des dynasties Qin, Han et Tang ; ville située à l’extrémité de la route de la soie et dont le nom chinois signifie « paix éternelle » même si elle fut incendiée et pillée par les barbares Rong puis envahie par les cavaliers tibétains du roi Trisong Detsen.

Caverne d’Ali Baba à Xian

Mon chauffeur me sort de ma torpeur médiévale pour m’informer qu’il va faire un détour car il ne veut pas traverser le quartier musulman ; prétextant que les rues sont étroites, les habitants peu aimables et considérant que ce « vieux quartier encombré » s’oppose à toute expropriation pour en améliorer l’habitat et la voirie…… Chaud bouillant sur le sujet !

Je n’avais pas en effet réalisé que Xi’an possède une communauté musulmane dont la présence remonte aux commerçants turcs ou perses venus par la route de la soie. Ce sont des « Hui » (musulmans) ; une ethnie similaire aux « Han » issue souvent d’intermariages avec des Han à cela près qu’ils pratiquent l’Islam. Ils sont plus de 30 millions en Chine de plusieurs ethnies ; ainsi les « Ouïghours » installés dans la Région autonome du Xinjiang (ancien Turkestan) lieu de tensions récurrentes entre communautés Han et musulmane.

Je consacre donc ce qui reste de ma journée à flâner dans ce quartier aux ruelles pleines d’échoppes telles des cavernes d’Ali baba et à me goinfrer de mets et de friandises aux saveurs nouvelles pour moi dans un dédale de souks.

Mosquée à Xian

Au détour d’un chemin de terre tortueux, je découvre la première mosquée chinoise construite au VII siècle et qui, selon la brochure en ma possession, est « le signe d’une grande ouverture des Tang aux communautés étrangères ». Elle obéit tout de même aux critères de l’architecture traditionnelle chinoise. Et de minaret, point.

J’apprends aussi que le plus célèbre des Hui est l’amiral Zheng He qui mena de 1405 à 1433 sept expéditions vers le Moyen Orient mais aussi vers la côte ouest de l’Afrique (déjà !).

Soldats de terre cuite

Je suis surtout venu à Xi’an pour revoir le mausolée de l’empereur Qin célèbre pour son armée enterrée composée de 6000 guerriers et chevaux en terre cuite grandeur nature. Je me retrouve au milieu de milliers de touristes chinois qui voyagent et dépensent même si selon la Commission nationale pour la réforme et le développement (CNRD) une gratuité a été mise en place dans 80 sites touristiques chinois, parcs, musées et sites historiques comme celui-ci.

Tumulus de Qin

Récemment ouverte au public, mais délaissée des hordes de touristes, se trouve à l’écart la tombe de Qin. Elle est recouverte d’un tumulus en élévation qui ne sera probablement jamais fouillé par les archéologues pour de multiples raisons tant techniques que morales. Cet endroit magique faisant face à une chaîne de montagnes est propice à une réflexion sur ce qu’a été la gouvernance en Chine à un moment où l’on attend que l’exécutif du Parti Communiste Chinois procède à son renouvellement et à la désignation d’un nouvel « Empereur ».

Lors d’une précédente « Golden Week », j’ai eu la possibilité de visiter une autre communauté (ou faut-il employer le terme d’ethnie ou pour être politiquement correct de « peuple en petit nombre » : bref, de minorité !).

La Chine reconnaît 56 groupes ethniques dont les Han représentent 92% de la population. Parmi ceux-ci les Miao (entendre « riz cru ») qui vivent dans le sud de la Chine (Provinces du Guizhou, du Guangxi et du Yunnan) et qui constituent la cinquième minorité en terme de population avec 9 millions.

L’auteur chez les Miaos

Une piste de montagne sans touristes me mène à un village Miao caché dans une jungle tropicale au centre de l’île d’Hainan. Il nous a fallu avec mon guide crapahuter deux heures avant d’arriver dans une petite vallée avec des habitations à flanc de montagne reliées entre elles par un réseau de ponts suspendus faits de bambous et de lianes.

On a l’impression que le monde extérieur n’a pas eu de prise sur ce lieu. Les hommes portent le costume traditionnel chinois et les femmes ont des habits typiquement Miao ; finement brodés et très colorés sans doute en batik. Les maisons semblent construites en bois et couvertes d’écorce ou de tuiles en sapin.

Je ne suis pas certain que l’on suive dans cet espace hors du temps les luttes de factions vers le pouvoir suprême ou les déboires d’un cacique aujourd’hui déchu ou les absences d’un dauphin désigné ou la saga d’un fils de prince rouge en Ferrari de même couleur; ce docu-fiction ou docu-drama qui fait les délices des « weibonautes », le Twitter chinois.

Mais un devoir de réserve s’impose pour la pérennité du site internet de l’Association France – Hongkong !

Avant que ne soit créée France-Hongkong à l’initiative de Jacques Pelletier et Marc Allard, je participais aux travaux du Pacific Economic Cooperation Council (PEEC) avec Jacques Pelletier, Jacques Gravereau (le fondateur d’HEC Eurasia) et Patrick Bourrier. Sorte de « think-tank » de l’Asia Pacific Economic Cooperation (APEC), ce forum réunissait des personnalités des pays du bassin pacifique pour traiter finance, économie, coopération avec des réunions alternativement en Asie et sur le continent nord et sud américain. Enceinte propice aux échanges d’informations sensibles. Carnet d’adresses à fort potentiel comme, de manière sectorielle, l’est le « Hong Kong Forum » dont la 13ème édition se tiendra les 4-5 Décembre 2012.

C’est lors d’une réunion du PECC que nous retrouvons Victor Fung : le représentant de Hong Kong. La Chine y envoie dans un premier temps des apparatchiks à la langue de bois qui nous infligent de lénifiants discours souvent hors sujet puis ce sont des experts de grande qualité qui vont occuper « the floor ».

La France disposait dans cette institution internationale d’un strapontin en raison de sa présence territoriale dans le Pacifique ; faisant des susnommés les grandes oreilles de la Polynésie et de la Nouvelle Calédonie. Mais ma participation aux travaux du PEEC va se télescoper avec l’actualité de l’époque en me faisant côtoyer des agitateurs, de faux nez ou de vrais barbouzes et, accessoirement, des contacts professionnels !

La France avait repris ses essais atomiques dans le Pacifique et un fort ressentiment anti-français se développait au Japon mais aussi et surtout en Australie et en Nouvelle Zélande où le groupe qui m’employait disposait de plusieurs filiales de production.

Recevant des messages préoccupants de nos cadres en poste, il m’est demandé d’aller en Nouvelle Zélande pour évaluer la situation après avoir fait un « stop over » en Australie.

L’officier des douanes néo-zélandais qui inspecte mon passeport lâche froidement : « Je vois que vous êtes français. Vous devez savoir que les japonais n’ont jamais bombardé pendant la guerre le port d’Auckland ». Le ton de mon séjour est donné : le spectre du « Rainbow Warrior » ressurgit plusieurs années plus tard.

Navire amiral de Greenpeace

Une grande effervescence affecte en effet le port d’Auckland ; cet isthme aux sept volcans. Une véritable flottille d’une quarantaine d’unités autour du navire amiral de Greenpeace bourré de militants écologistes achève ses préparatifs pour naviguer vers la Polynésie et l’atoll de Mururoa afin d’en découdre. Un fou furieux dénommé David Mc Taggart (alors Chairman de Greenpeace) occupe les écrans de télévision kiwis où l’on visionne en boucle l’abordage musclé par la marine française de son ketch le « Véga » lors de la précédente campagne de tirs de 1973.

(ndr : la flottille néo-zélandaise atteindra l’atoll de Mururoa et sera arraisonnée par les nageurs de combat du commando Hubert lors de l’opération « Nautile ». Mc Taggart trouvera la mort en 2001 dans un accident d’automobile)

Quinze jours plus tard, je me retrouve au Japon dans le cadre de la même évaluation de situation. Sur la télévision de l’Hôtel Impérial, les mêmes images et des revues de presse nipponnes et assassines orchestrées par le Ministre des Finances du Soleil Levant qui semble mener la fronde au nom et pour le compte de son ex Empire.

Il était prévu que je me rende à Papeete ; en principe en vacances ! Air France assure alors la liaison Tokyo-Papeete et y teste d’ailleurs un 747-400 récemment acquis dans sa flotte.

Assis non loin de moi dans l’avion le fameux Ministre qui m’indique après un papotage poli être en « voyage d’agrément privé » ! Mais il rejoint un microcosme parlementaire australien et néo-zélandais déjà sur place.

Aéroport de Papeete

Nous arrivons en fin de journée à destination au milieu de manifestations diverses. Dans la nuit, la plate forme aéroportuaire de Papeete sera mise à feu et à sang ; inutilisable pendant huit jours. La ville connaîtra aussi des émeutes très violentes faisant la une et les délices des médias anglo-saxons.

Pendant mon séjour chaotique sur l’archipel, je dois visiter la dernière acquisition d’Adrian Zecha, investisseur hongkongais d’origine indonésienne ; le génial fondateur d’ « Aman Resorts ». Impossible de me rendre sur le site.

Finalement, je reprends le premier vol pour Tokyo en compagnie du Ministre qui ne semble pas avoir été inquiété lors de son séjour. Cela reste encore un mystère pour moi.

Aéroport Nouméa Tontouta

A la même époque, un de mes déplacements en Nouvelle Calédonie sera aussi compliqué ; des indépendantistes ayant coupé la route assez longue qui relie l’aéroport La Tontouta à Nouméa. C’est l’époque où les « services » d’un pays voisin ne ménagent pas leur peine ! La ligne aérienne Nouméa-Brisbane opérée en partage de code par Aircalin et Qantas sert de moyen de transport aux fauteurs de troubles de tous bords déguisés en touristes mais dont les bagages sont sonnants et trébuchants…

Année 1995, année de tous les dangers. A pied, à cheval, en bateau ou en avion : « sus aux intérêts français dans le Pacifique » !

Back to the future. Me voici de retour à Shanghai en cette fin de « Golden Week » tiède et ensoleillée…

Jean-Pierre Raffarin

Ce matin, dans le quotidien de langue anglaise China Daily, une longue interview de Jean-Pierre Raffarin qui avec Henri Kissinger et Antonio Samaranch serait, selon un panel opaque, une des personnalités préférées des chinois. Je doute qu’au fin fond de la jungle d’Hainan ou chez le vendeur de rahat loukoum du quartier musulman de Xi’an on en ait entendu parler !

Les médias évoquent surtout le décès à Beijing de Norodom Sihanouk ; disons qu’il était « un pion politique » sur l’échiquier diplomatique chinois mais aussi le protégé historique de Zhou Enlai.

En revanche rien ne filtre sur les conciliabules de dernière heure concernant la désignation du nouvel Empereur.

En attendant la fumée blanche sur Zhongnanhai…

Zhongnanhai