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Carnet de voyage n° 12 : Confucius, Lanternes, Tigre et « sex tapes »

Nous reprenons après une suspension dûe aux fêtes de fin d’année franco-chinoises la publication des « Carnets de voyage » de Yannick Vivarel.

Confucius, Lanternes, Tigre et « sex tapes »

Dans l’avion qui me ramène en Chine pendant les fêtes, entre le Nouvel An chinois et la célébration des lanternes, je m’aperçois que les passagers chinois sont en classe Affaires et les autres en classe Eco ! Une diva, genre nouveau riche chinois, s’ébroue en « First ». Bien sûr, il faut relativiser puisqu’il n’y a pas d’hommes d’affaires étrangers en Chine à cette époque. Mais la crise pourrait réorganiser la « nomenclatura » aéronautique : les nantis à l’est et les pauvres à l’ouest.

Pour passer le temps, je me suis plongé dans le récent « best seller » de la très médiatique Yu Dan : « Confucius from the heart ».Yu Dan s’est rendue célèbre en Chine en présentant une série de cours sur les Entretiens de Confucius sur CCTV4 : « The Lecture Room ». Cet ouvrage inspiré de la série télévisée revisite de manière moderne la pensée de Confucius vieille de deux mille cinq cent ans pour la transposer de nos jours. Si la Chine de Mao en avait éradiqué les enseignements, le livre de Yu Dan s’est déjà vendu à plus de dix millions d’exemplaires dans ce pays.

On considère d’ailleurs dans le monde des affaires chinois que les valeurs développées par Confucius sont applicables à la « corporate governance » :

dans sa fonction, le Président d’une société doit agir avec dignité et équité et respecter ses salariés ;
dans la mesure où l’encadrement agit avec transparence, le personnel est confiant dans son avenir ;
ne pas agir selon la justice entraîne méfiance ;
un bon Président recherche l’harmonie et non le conformisme alors qu’un mauvais Président préfère le conformisme à l’harmonie ;
comment mieux servir votre Président ? Dites lui la vérité même si cela l’offense.

On reconnaîtra dans le dernier principe de management une variante des « Analects » de Confucius : le devoir de « respectueuses remontrances » si le père ou le prince vont dans la mauvaise direction.

Je ne sais pas si vous réagissez comme moi mais lorsque je remets mon passeport à l’officier d’immigration, je me demande toujours ce qu’il découvre sur l’écran de son ordinateur après avoir « zippé » la bande magnétique de mon visa. Désormais je n’ai plus à me dévisser l’échine avec un sentiment d’anxiété puisqu’il y a devant moi un écran plat qui duplique (tous ?) les renseignements détenus par le cerbère avec la mention : « confirmez vous l’exactitude des informations vous concernant ? ». Je réponds instinctivement et tactilement « oui » et me jure intérieurement de dire « non » la prochaine fois ; juste pour voir ce qu’il adviendra !

Me voici donc à nouveau dans l’Empire du Milieu au moment où la pleine lune est supposée illuminer la fête des lanternes qui est célébrée le 15ème jour après le nouvel an lunaire chinois.
Selon un expert de l’Académie des Sciences de l’Observatoire des montagnes pourpres de Nanjing (évoquées dans les carnets de voyage n° 3), la pleine lune paraîtra 10% plus volumineuse que les années précédentes !
La tradition chinoise veut que la fête des lanternes marque la fin des célébrations du nouvel an. Les festivités sont nocturnes. Les enfants accompagnés de leurs parents sortent pour une promenade avec un lampion à la main ; le plus souvent en papier illuminé.
Ils dégustent ensuite des « yuanxiao » ; de petits « dumplings » (boulettes) faits de riz farci sucré cuits à l’eau dont la forme arrondie symbolise la plénitude, la famille réunie et la satisfaction des besoins.

Tradition n’empêchant pas modernité, le Gouvernement municipal de Beijing a envoyé cette année un SMS aux détenteurs de téléphone portable pour leur rappeler que les feux d’artifice et les jets de pétards n’étaient plus autorisés à Beijing après la fête des lanternes. On se souvient que durant la fête des lanternes dans la capitale il y a un an, un incendie causé par un feu d’artifice avait détruit dans le quartier financier le nouveau siège de la télévision chinoise CCTV. L’affaire avait fait grand bruit car l’architecture de la tour détruite était un « must ».

Chaque célébration amène son lot de drames dans les villages. On dénombre cette année plus de 2000 morts et 674 incendies.

L’année du Tigre commence. Je ne reviens pas sur sa signification. Ceux qui ont assisté à la soirée organisée par l’Association France-Hongkong en collaboration avec le Hong Kong Trade Development et Cathay Pacific au restaurant Jules Vernes de la Tour Eiffel se sont vus remettre un codicille sur l’année du Tigre et un timbre commémoratif émis par Hong Kong.

Je connais depuis quelques années l’artiste chinois qui réalise pour la Poste française le signe lunaire de l’année. Il m’a montré les timbres dessinés cette année par d’autres artistes et émis par les pays de l’Asean et de l’Asie du Nord : des tigres aux postures classiques ou stylisés. Celui réalisé par la Chine représente un Tigre debout bombant le torse et bandant les muscles de ses bras. Ce Terminator plutôt arrogant, illustration parfaite d’un art pompier au service de l’image « corporate » du régime, manque totalement d’harmonie ! Confucius a dû se retourner dans sa terre natale du Shandong.

Donc à partir du 1er mars, la Chine reprend le travail après une quinzaine de festivités en famille.

Le pays découvre qu’il a obtenu 5 médailles d’or aux Jeux Olympiques de Vancouver (11 en ajoutant argent et bronze) : record historique pour des Jeux d’hiver. Ajouté à des percées sans précédents dans d’autres disciplines sportives et supportée par une population de 1,3 milliards, la Chine se prépare désormais à exporter un « China made sport » ; nouveau « moto » des autorités.

Dans les années 60 et 70, les équipes chinoises constituaient un symbole de fierté nationale ouvrant la voie d’échanges internationaux vers l’Ouest (ex : la diplomatie du ping pong). Désormais, l’industrie chinoise du sport a compris ce qu’elle peut attendre de ces 170 médailles olympiques déjà glanées en terme de marketing et de part de marché. On a déjà évoqué dans un précédent carnet de voyage la mise en place d’un partenariat public privé pour amener le golf chinois au niveau mondial pour les Jeux de 2016.

La quinzaine à venir s’annonce d’ailleurs politiquement décisive avec deux rassemblements connus sous le qualificatif des « deux réunions » :

la 3ème session du 11ème National People Congress (plus haute instance législative du pays) avec la venue de 2981 députés

la 3ème session du 11ème Chinese People’s Political Consultative Conference (sorte de Conseil économique et social) qui occupe tout de même 2252 personnes.

Il s’agit surtout d’endosser les principales décisions du Gouvernement et du Parti et parfois de faire remonter de la base des propositions insolites sortant des grandes questions du moment.

Mais la grande affaire est la publication en ligne par des maris trompés du journal intime d’un haut fonctionnaire du bureau du monopole des tabacs qui aurait depuis lors donné sa démission.
Ce journal de bord relate avec moult détails les rapports entretenus par le petit chef et ses rencontres féminines désireuses d’obtenir ses faveurs administratives voire plus si affinités d’exemption ou d’approbation.

« Elle m’a donné 100.000 yuans en bas de l’escalier… » (noté le 6 janvier 2007). Elle m’a invité à déjeuner à l’hôtel Guijing. Il n’y avait que nous deux… » . Plus loin : « J’ai reçu deux bouteilles de Moutai (ndr : alcool de riz) et 50000yuans. J’ai mis en banque 30000yuans et j’ai ramené le solde à la maison » (noté le 16 septembre 2007).

Le 29 Décembre 2007, il conclue : « 2007 a été une bonne année. Les affaires se multiplient. 200000 yuans en cash. Beaucoup de chance avec les femmes. Mais je dois faire attention à ma santé avec tant de partenaires sexuels… ».

Qui veut voyager loin, ménage sa monture. Mais à trop vouloir chevaucher à brides abattues, on finit aux pages « faits divers ».


Ce n’est pas la première affaire jetée en pâture. Un haut fonctionnaire du bureau de l’immobilier de Nanjing, homme de goût par ailleurs, a été épinglé parce qu’il conduisait une Cadillac, fumait des cigares cubains et portait une montre Vacheron Constantin. Mais il avait aussi empoché de copieux pots de vin de contractants et sans doute oublié d’en faire profiter ses affidés. Démis de ses fonctions, il purge une peine de 11 ans dans le « Sing Sing » nankinois.

Le « Wuhan Evening News » révèle cette semaine que 20% des fonctionnaires corrompus ont une maîtresse ce qui constitue une violation des règles de discipline du Parti ! Ils seraient 400 dans ce cas dans la Province du Hubei.

Je rencontre aujourd’hui le chef de projet du pharaonique « Shanghai National Technology Transfer Center » que l ’Académie Chinoise des Sciences (qui dépend du Gouvernement sous la direction du fils de Jiang Zemin) a décidé d’implanter à Shanghai.

L’Audi haut de gamme officielle qui me conduit dans un quartier au sud est de Pudong, longe le site de « Expo 2010 ». Je n’étais pas passé à cet endroit depuis trois mois. Tous les abords qui m’avaient fait piètre opinion ont été maquillés de fausses façades ou de façades reconstruites avec des enseignes indiquant ici un hôtel ou là un café ou ici une boutique de souvenirs. J’ai l’impression de déambuler dans « Main Street » mais la mascotte de l’exposition ne ressemble pas à Mickey !

A mi chemin de l’aéroport, je découvre une ville pour scientifiques en train de sortir de terre. Le terrain a été donné par la ville de Shanghai à l’Académie. Il y aura des laboratoires de recherche fondamentale sur les nouvelles énergies vertes (une des priorités du Gouvernement martelée « aux deux réunions »), des infrastructures d’incubation et d’industrialisation ; l’ensemble traversé par un fleuve avec pont suspendu et de grandes artères plantées d’arbres. Le complexe a la superficie d’un arrondissement parisien. Une campagne de recrutement de chercheurs est en cours dans le monde : probablement entre 6000 et 8000 regroupés dans une base vie où la circulation se fera dans des véhicules verts. De grands industriels et des universités ciblées semblent déjà associés.

Ce projet de cinq années est piloté par un quadra chinois parlant couramment notre langue.

Je rentre en ville par une nouvelle jonction autoroutière qui vient juste d’être achevée. J’ai dans la tête la pub ségalienne : « il se passe toujours quelque chose aux galeries lafayette » !


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